Préparez-vous à des montagnes russes politiques.
Après avoir obtenu une majorité au Sénat et remporté des sièges décisifs à la Chambre des représentants, les élus démocrates seront déterminés à mener des enquêtes sur tout ce qui s’est passé au cours des deux années qui viennent de s’écouler avec Donald Trump au pouvoir.
“Prenez un avocat”, a lancé Robert Garcia, membre démocrate de la Chambre des représentants et probable prochain président de la commission de surveillance.
Ces résultats impliquent probablement de futures enquêtes sur la guerre en Iran, le fonctionnement du FBI et, bien sûr, les business de la famille Trump. Pour se faire une idée de leur magnitude sur le plan politique : c’est comme si vous aviez le scandale du Whitewater de Bill Clinton et la première procédure de destitution contre Donald Trump réunis, avec en prime l’affaire Iran-Contra pour pimenter le tout.
Midterms : 5 points que l’Europe doit surveiller après l’écrasante victoire des démocrates face à Trump

Quel sera l’impact de ces bouleversements politiques majeurs sur l’Europe ? Des prix de l’énergie à la guerre en Ukraine, l’avenir du continent dépend en grande partie de ce qui se passe à Washington. Voici cinq points à surveiller.
L’Europe risque de faire les frais de la frustration de Trump
Certains observateurs chevronnés estiment que cela n’est pas seulement possible, mais hautement probable. “Nous devons nous préparer non pas à des relations transatlantiques plus harmonieuses, mais à plus d’animosité et à encore davantage d’exigences de la part de Trump envers l’Europe”, a averti Wolfgang Ischinger, un diplomate allemand expérimenté qui a présidé pendant de longues années la Conférence de Munich sur la sécurité.
Les démocrates auront davantage d’occasions de s’opposer à Donald Trump via des procédures budgétaires et en se montrant plus fermes lors des auditions de contrôle et des enquêtes. Ils commenceront probablement aussi à imposer des conditions plus strictes aux projets de loi souhaités par la Maison-Blanche.
Mais le président américain dispose d’une marge de manœuvre constitutionnelle considérable en matière de politique étrangère, de diplomatie et de sécurité nationale — ainsi qu’en matière de politique commerciale. Et Donald Trump s’en est ouvertement emparé en recourant à des décrets et en mettant au point des stratégies juridiques inédites et controversées pour contourner le Congrès.
“[Trump] est à la tête des forces armées. Il a la main sur les droits de douane et les accords commerciaux. Il dispose d’une tribune influente. Même si les démocrates remportent les deux chambres, il peut opposer son veto aux projets de loi”, a énuméré Phil Gordon, ex-conseiller à la sécurité nationale de l’ancienne vice-présidente Kamala Harris, auprès de Brussels Playbook.
Il faut s’attendre à davantage de confrontations. Donald Trump voudra sans doute montrer qu’il est toujours le patron et le maître de l’univers. Et c’est sur la scène internationale qu’il aura le plus de chances de le faire. L’Europe est depuis longtemps dans sa ligne de mire et celle de ses fidèles partisans du mouvement “Make America Great Again” (MAGA), qui versent des larmes de crocodile pour le continent, affirmant vouloir sauver l’Europe d’elle-même.
Une accalmie pour l’Ukraine
La plupart des figures de proue du Parti démocrate ont toujours soutenu l’octroi d’une aide à l’Ukraine. Ils présentent cette décision comme un moyen de défendre la démocratie dans le monde et le droit international, mais aussi comme une mesure servant les intérêts des Etats-Unis en matière de sécurité nationale.
Les démocrates peuvent commencer à mettre en place les conditions nécessaires pour venir en aide à l’Ukraine. Mais il ne faut pas “s’attendre à un salut immédiat pour Zelensky”, a prévenu Bronwen Maddox, directrice de Chatham House, un think tank britannique. “Car même si les démocrates décident de commencer à envoyer davantage d’aide à Kyiv, y compris financière, cela prendra en réalité des mois, voire peut-être des années, pour se concrétiser”, a-t-elle ajouté.
L’Ukraine a besoin d’une aide immédiate, notamment de missiles Patriot pour sa défense aérienne, afin de pouvoir affronter l’hiver sous les bombardements incessants de la Russie.
Un accord de paix trumpien
Donald Trump s’est présenté comme le président de la paix, affirmant haut et fort avoir mis fin à huit conflits internationaux. Il a déclaré que l’accord de paix avec l’Ukraine aurait dû être le plus facile à conclure et reproche de plus en plus à son président, Volodymyr Zelensky, de ne pas être parvenu à un accord.
L’ancien diplomate américain Kurt Volker estime que Donald Trump fera fi des protestations de Kyiv et des alliés européens, et “commencera à lever les sanctions et à conclure des accords commerciaux avec la Russie”.
Et le même d’imaginer : “Je le vois très bien agir de manière unilatérale, en ordonnant au Trésor américain de ne pas appliquer les sanctions et en cherchant à conclure davantage d’accords sur l’énergie avec la Russie. Il a discuté avec Poutine de la possibilité de faire revenir les grandes entreprises américaines en Russie.”
Mais lorsqu’il s’agit de l’Otan et de mettre à exécution ses menaces de réduire la présence militaire américaine sur le continent, Donald Trump fera plus de bruit que de mal, anticipe Kurt Volker. “Pour l’Otan, je ne pense pas que grand-chose va changer en ce qui concerne un retrait de l’Alliance ou une réduction du dispositif militaire. Aux Etats-Unis, Trump est vraiment seul à défendre cette position : il n’a le soutien ni des démocrates, ni des républicains, ni du Congrès, ni des médias.”
Une baisse des prix de l’énergie
Les prix de l’énergie vont-ils s’effondrer ? Ne pariez pas dessus. Lundi, les cours du pétrole ont enregistré leur plus forte baisse depuis le mois d’août — même si le Brent s’échangeait toujours à 108 dollars le baril.
A moins que Donald Trump ne conclue un accord de paix avec Téhéran pour rouvrir le détroit d’Ormuz, le choc énergétique qui fait grimper les coûts de l’électricité en Europe et aggrave la crise du coût de la vie se poursuivra — faussant ainsi la donne politique européenne. Concernant les compagnies aériennes, le PDG de Ryanair, Michael O’Leary, a averti que sans accord, le secteur serait “confronté à une véritable crise d’ici mars ou avril prochain”.
Donald Trump n’a pas de bonnes options concernant l’Iran : relancer les opérations militaires dans l’espoir que les Iraniens reculent ou que le régime théocratique s’effondre ; céder lui-même ; ou se désengager en affirmant que ce sont les autres — c’est-à-dire les Européens ou les Asiatiques — qui doivent résoudre le problème.
La reprise des opérations militaires et la flambée encore plus marquée des prix de l’énergie seront très impopulaires aux Etats-Unis, mais le mal est déjà fait sur le plan électoral.
Juste le chaos… et peu de temps pour le reste
Il est aussi possible que les Etats-Unis soient à tel point accaparés et absorbés par la guerre politique qui fait rage à Washington que ni Donald Trump ni les démocrates n’aient guère de temps à consacrer à quoi que ce soit d’autre, y compris à la politique étrangère.
L’ancienne vice-présidente Kamala Harris a averti le mois dernier, dans un podcast, que les démocrates ne devraient pas tenter à nouveau de destituer Donald Trump, estimant que ce n’était “pas une bonne idée”.
Rahm Emanuel, l’ancien maire de Chicago, a exhorté ses collègues démocrates à éviter les “querelles intestines” et, au Congrès, à s’atteler en priorité aux enjeux du coût de la vie, à l’augmentation du salaire minimum fédéral et à l’élaboration de nouvelles règles éthiques pour les trois pouvoirs — exécutif, législatif et judiciaire.
Malgré ces appels, Washington a rarement échappé à de violentes querelles intestines.
Et les règlements de comptes politiques risquent de se propager partout, certains des affrontements les plus violents auront lieu au sein même de chaque parti, prévoit John F. Harris, cofondateur et président de POLITICO. “Les deux grands partis sont confrontés à des choix cruciaux quant à la manière de se présenter aux électeurs dans la future ère politique post-Trump”, a-t-il fait valoir.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
Source - www.politico.eu ↗